Paramètre par paramètreLes différents traitements de l'eau
Traiter l'eau, c'est piloter trois familles de paramètres : l'équilibre chimique (pH, TAC, TH), la désinfection (chlore, brome, électrolyse, adjuvants) et la circulation (filtration). Chacune dépend des autres. Voici, pour chaque paramètre, la valeur cible, son rôle réel et les pièges que nous rencontrons le plus souvent chez nos clients.
Le pH — la clé de tout
Valeur cible : 7,0 à 7,4
Le pH mesure l'acidité de l'eau sur une échelle de 0 à 14. C'est le paramètre le plus important, car il détermine l'efficacité de tous les autres. À 7,2, le chlore agit à environ 60 % de son potentiel ; à 8,0, il ne travaille pratiquement plus, même avec un taux élevé. Un pH trop bas rend l'eau agressive : corrosion des pièces à sceller, dégradation des joints et du liner, picotements. Un pH trop haut entartre, trouble l'eau et neutralise le désinfectant. On le corrige avec un pH moins (acide) ou un pH plus (basique), toujours en filtration active, en versant progressivement et en recontrôlant après vingt-quatre heures.
Le TAC — le stabilisateur du pH
Valeur cible : 80 à 120 mg/L
Le TAC, ou titre alcalimétrique complet, mesure la teneur en carbonates et bicarbonates : c'est le pouvoir tampon de l'eau. Il ne se voit pas, mais il explique la plupart des pH incontrôlables. En dessous de 80 mg/L, le pH devient instable et repart à la dérive à chaque ajout de produit ou à chaque pluie. Au-dessus de 150 mg/L, le pH se bloque en haut et refuse de descendre malgré les doses de pH moins. Se battre avec un pH sans avoir vérifié le TAC est le grand classique de l'entretien de l'eau : on corrige toujours le TAC en premier.
Le TH — la dureté de l'eau
Valeur cible : 150 à 250 mg/L
Le TH, ou titre hydrotimétrique, mesure la concentration en calcium et magnésium — autrement dit la dureté. Autour de Montpellier, l'eau du réseau est calcaire et le TH dépasse souvent la plage idéale, ce qui provoque des dépôts blanchâtres sur la ligne d'eau, un voile laiteux persistant et un entartrage rapide des cellules d'électrolyse et des échangeurs de pompe à chaleur. Un TH trop faible, plus rare, rend l'eau agressive pour les bassins en béton et les joints. On agit avec un séquestrant calcaire, un ajustement du pH et, dans les cas extrêmes, un renouvellement partiel de l'eau.
Le chlore — le désinfectant de référence
Valeur cible : 1 à 2 mg/L de chlore libre
Le chlore reste le traitement le plus utilisé parce qu'il désinfecte, oxyde les matières organiques et limite les algues, le tout à un coût maîtrisé. Il existe en galets lents pour l'entretien courant, en granulés ou liquide pour un traitement choc rapide. Son point faible est la lumière : sans stabilisant (acide cyanurique), le rayonnement UV en détruit une grande partie en une journée. Mais l'excès de stabilisant, au-delà de 75 mg/L, bloque le chlore et rend l'eau ingérable — c'est le fameux blocage au stabilisant, qui impose de renouveler une partie de l'eau. Il faut donc surveiller le chlore libre, le chlore total et le stabilisant, et non seulement la petite bandelette jaune.
Le brome — la douceur en eau chaude
Valeur cible : 2 à 3 mg/L
Le brome est un désinfectant alternatif, plus stable que le chlore en eau chaude et efficace sur une plage de pH plus large, jusqu'à 8,0. Il ne dégage pas d'odeur désagréable, ne forme pas de chloramines et convient particulièrement aux spas, aux piscines intérieures et aux bassins chauffés. Ses limites : il est plus cher, il se dégrade rapidement sous un fort ensoleillement car il ne se stabilise pas, et il se diffuse via un brominateur plutôt qu'un simple skimmer. Un traitement au brome exige aussi une réactivation régulière par oxygène actif ou choc adapté.
L'électrolyse au sel — le confort automatisé
Salinité : 3 à 5 g/L selon l'appareil
L'électrolyseur transforme le sel dissous dans l'eau en chlore actif, qui redevient du sel après avoir agi : le cycle se répète tant que la filtration tourne. Le confort est réel — eau douce, pas de manipulation de produits, pas de stockage de bidons — et le coût de fonctionnement annuel est faible. En contrepartie, l'électrolyse fait remonter le pH de manière continue, ce qui rend un régulateur de pH quasi indispensable dans une région calcaire comme la nôtre. La cellule doit être contrôlée et détartrée, le taux de sel vérifié après chaque remplissage, et la production adaptée à la température de l'eau. Un électrolyseur n'est pas un appareil que l'on installe et que l'on oublie.
Les anti-algues — un complément, pas un traitement
Usage : préventif, à faible dose
Les anti-algues, à base d'ammonium quaternaire ou de sels métalliques, empêchent les algues de se développer et renforcent l'action du désinfectant dans les périodes à risque : canicule, orages, absence prolongée, bassin ombragé. Utilisés en préventif à faible dose, ils sont utiles. Utilisés en curatif sur une eau déjà verte, ils déçoivent presque toujours et peuvent faire mousser l'eau ou laisser des dépôts. Ils ne remplacent jamais un désinfectant à bon niveau et une filtration qui fonctionne : ce sont des adjuvants de confort, pas la colonne vertébrale du traitement.
La filtration — le traitement invisible
Repère : température de l'eau ÷ 2, en heures/jour
Aucune chimie ne rattrape une filtration défaillante. La filtration retire physiquement les particules, brasse l'eau pour répartir les produits et évite les zones mortes où les algues démarrent. Un repère simple : divisez la température de l'eau par deux pour obtenir le nombre d'heures de filtration quotidienne — 28 °C signifie donc quatorze heures, et jamais moins de huit heures en été. Encore faut-il que le filtre soit propre : contre-lavage du sable dès que la pression monte de 0,3 à 0,5 bar, démontage et rinçage des cartouches, paniers de skimmers et de préfiltre vidés. Le média filtrant lui-même se remplace tous les cinq à sept ans pour le sable.